Intervention de Celine Verzeletti, CGT-Pénitentiaire, 28 février, Bruxelles

Dans un même pays, l’évolution du taux de détention en fonction de la politique pénale est une donnée très éclairante. La France en est un très bon exemple :

En 2000 le livre de Véronique Vasseur remet en cause les conditions de détention, le chef de l’Etat déclare le 14 juillet 2000 : « Nous avons cinquante et un mille prisonniers, c’est un nombre excessif, dans la mesure du possible il faut le diminuer. Différents rapports de parlementaires dénoncent l’état désastreux des prisons et demandent l’élaboration d’une commission pour réfléchir sur une loi pénitentiaire :
* En 2000, le taux d’incarcération chute de 84. 2 à 80. 1,
* de 2000 à 2001 il passe de 80.1 à 75.6

Fin 2001 début 2002 le discours politique sur la justice change littéralement, le principe de la « tolérance zéro » fait son apparition. En 2002 : les français sont appelés à voter pour les élections présidentielles et la droite passe. Deux lois de programmation et d’orientation sur la police et la justice sont élaborées, le sécuritaire est largement mis en avant par les politiques :
* de 2001 à 2003 le taux de détention passe pour 100000 hab. de 75 à 101.

Nous le constatons, la politique pénale a un lien très fort avec la situation politique sociale et économique. Les dernières campagnes électorales en France sont révélatrices. En effet, la sécurité était, et reste, un enjeu majeur alors que dans ce même temps les débats concernant les problèmes économiques et sociaux sont écartés. Aujourd’hui les reculs en matière sociale (retraites, sécurité sociale, école, santé....) et économiques (licenciements de masse sur tout le territoire) sont sans précédents, tout comme l’est le taux de détention. La polarisation sur le sécuritaire semble servir de paravent aux politiques, dans la plupart des pays industrialisés, et ce, afin d’évincer les reculs désastreux dans tous les autres domaines.

Par ailleurs, le contrôle, la sécurité, l’incarcération deviennent du fait des taux élevés de détention, une véritable industrie. Effectivement, tous les systèmes de sécurité : caméras, alarmes, systèmes de brouillages de téléphones, bracelet électronique sont les nouveaux produits et besoins qui permettent le développement florissant de cette industrie contemporaine. Les prisons privatisées sont aussi des ressources pour les marchés et entreprises privées. En France, les 13 000 nouvelles places permettent la construction de quantités de prisons privées. L’Etat n’en sera que le locataire.

Cette politique pénale a pour conséquence un taux d’incarcération qui ne cesse d’augmenter, nous le savons et les conséquences sur le terrain sont nombreuses et désastreuses. Les conditions de travail se détériorent, le surmenage produit fatigue et stress. Comme le disent certains collègues, tout cela peut « entraîner de la démotivation mais surtout des fautes professionnelles, des dérapages pour lesquels bien entendu l’administration ne manquera pas de nous sanctionner ! »

Les missions des différents personnels qu’ils soient de surveillance, administratifs, techniques ou sociaux ne peuvent plus être remplies correctement. La prison se déshumanise, notre travail aussi. La dignité humaine des détenus ne peut être préservée du fait de la surpopulation carcérale. Ces conditions, cette violence institutionnelle engendre souvent, chez les détenus, de la colère, de la haine. Ainsi, tous les personnels, interlocuteurs de proximité deviennent alors ceux sur qui cette haine va se déverser. Outil de cette déshumanisation, l’architecture des prisons privées est à relever : des coursives longues et oppressantes, des plafonds bas avec très peu d’ouverture donc très peu de lumière naturelle, des postes de travail isolés les uns des autres où la communication entre les personnels est très réduite. Les futures prisons sont en voie de construction et c’est une agence privée qui élabore le cahier des charges. Les professionnels pénitentiaires ne sont malheureusement pas concertés afin d’apporter toutes leurs compétences. Tout change sauf cela !

Les personnels sont, seront plus que jamais soumis à de mauvaises conditions de travail, la surpopulation carcérale générée par la politique pénale menée actuellement transforme la prison en une grosse machine broyeuse. La récidive augmente, un homme broyé ne se réinsère pas, la machine peut alors s’auto alimenter ! La sécurité, la prison deviennent un marché financier fructueux et ses besoins illimités.

Dans ces conditions particulières, comment lutter ?

Il est clair que l’administration veut des personnels soumis. Elle n’hésite pas à sanctionner les rebelles et s’octroie les outils nécessaires à une maîtrise absolue (statut spécial, procédures disciplinaires sans possibilité de défense pour les personnels, prime à l’intéressement pour les cadres.......). Nous ne pouvons pas nous laisser enfermer dans un tel système ! Nous devons prendre la place qu’il nous revient : celle d’acteurs de nos conditions de travail, de nos missions.

Tous les espaces de concertation, à tous les niveaux (local, régional, national) que nous pouvons acquérir par la lutte et la négociation doivent être occupés par tous les personnels et, de manière plus organisée, par les représentants syndicaux. Notre parole, notre travail nos luttes et notre contribution sont essentiels. Chacun (e) d’entre nous peut et doit, notamment par le biais du syndicat, ne laisser à personne d’autre le soin de décider de notre devenir professionnel, de notre rôle au sein du système judiciaire.

Il est grand temps de fédérer nos forces, l’initiative d’aujourd’hui est une première étape, la CGT pénitentiaire s’engage à poursuivre les luttes aux côté de tous les personnels pénitentiaires, s’engage à mener toutes les batailles nécessaires au sein de la fédération syndicale européenne des services publics.

Céline Verzeletti Secrétaire générale UGSP-CGT

European Federation of Public Service Unions
Representing 217 unions - 8 million public service workers